• Elisabeth

Boston - St Malo

Mis à jour : 9 nov. 2018

L'amitié, le business et la voile


Jamais je n’aurais imaginé qu’un jour j’aurais l’immense chance de pouvoir assister au départ de la route du Rhum à St Malo.

Si, suite à ce satané cancer du sein, je ne m'étais pas remise à la voile, je ne serais pas en train de me réveiller tranquillement après une longue nuit passée dans la cabine du voilier Le Français, un vieux gréement amarré dans le port de St Malo. Cabine que mon ami Fred m’a si gentiment prêtée pour que je puisse vivre « ma route du Rhum ». Depuis l’ouverture du hublot, je constate que le village de cette manifestation est encore tout endormi et qu'il attend, en ce matin radieux du mois de novembre, l'arrivée de la foule pour lui redonner vie. Cet après-midi, j'irai arpenter les pontons des bassins Duguay-Trouin et Vauban pour admirer les bateaux participant à cette compétition.



Route du Rhum 2018.Vue sur les Imoca depuis une cabine du bateau Le Français.

Une stabilité émotionnelle qui permet de réaliser ses passions


Toute guillerette à l’idée de passer le weekend immergée dans cet univers singulier de la course au large, je ressens une immense sensation de liberté. Non seulement j’ai la chance de pouvoir vivre mes rêves, mais en plus je suis soutenue par mon entourage. Un ancrage fort et essentiel, tellement indispensable quand on souhaite mener des projets avec succès, du moins pour moi. Si j’arrive à vivre mes passions, je le dois beaucoup à mon mari Bernard, qui m’encourage et me soutient dans toutes mes aventures. Cette stabilité affective me permet d’assouvir ma soif de découvertes, de nourrir ma curiosité pour continuer à apprendre et aussi pour rencontrer de nouvelles personnes. Des expériences si enrichissantes. Ce confort émotionnel me laisse la tête libre pour mes projets. Je peux ainsi oser, imaginer, casser la routine et me laisser surprendre par la vie.

J’aime échanger avec mes ami.e.s artistes, aventuriers et aventurières, qui ont toujours un projet sur le feu. J’ai besoin de ce contact avec des personnes audacieuses, qui sont allées au bout de leurs rêves, car elles m’inspirent.

Fred fait partie de ces personnes.


Retrouvailles à St Malo


J’ai rencontré Fred il y a presque 30 ans, quand tous deux nous étions étudiant.e.s sur les bancs de l'Université de Harvard à Boston. Déjà, à l’époque, je percevais en lui le génie de l’entrepreneur. Nous avons tout de suite sympathisé, nous les deux seuls francophones de la volée. Nous partagions, qui plus est, les joies et les galères liées à la réalité des jeunes parents. Nuits entrecoupées par des pleurs de bébés, enfants malades juste avant un examen pour ne citer que quelques exemples. Même si par la suite nos rencontres se sont espacées, lui vivant en Bretagne et moi dans le canton de Vaud en Suisse, ces années bostoniennes ont créé des liens authentiques et durables entre sa famille et la mienne.

Je ne pensais pas que la voile mettrait à nouveau Fred sur mon chemin.

Rien n’arrive par hasard.




Retrouvailles à St Malo à bord du vieux gréement le Français

Il y a quelques semaines, via les réseaux sociaux, apprenant que je me préparais pour un stage de voile à St Malo, Fred m’a laissé un message laconique : « Si toi et Bernard passez par St Malo, je vous invite à dîner à bord du Français. » Fred avait pris soin de joindre à son invitation une petite vidéo présentant sa nouvelle acquisition qu’il exploite avec Bob Escoffier.



N’en croyant pas mes yeux, le Français anciennement nommé le Kaskelot – cachalot en danois - est un vieux gréement de 46,6 mètres pesant 450 tonnes et nécessitant un équipage de 12 personnes au minimum pour naviguer.

Fred avait acheté un trois mâts ! Le jeune cadre à l’avenir prometteur que j’avais rencontré aux Etats-Unis était devenu un entrepreneur formidable, puisqu'il dirige également Socomore, une entreprise de taille respectable. Il faut ajouter que son succès est aussi lié à l'engagement sans faille de son épouse Odile. Ne dit-on pas qu'au côté d'un grand homme, il y a toujours une grande dame?





Quelques jours plus tard, Fred, Odile, Bernard et moi trinquions à nos retrouvailles sur le pont du Français en compagnie de deux amis.

C'est lors de cette occasion que j'ai fait la connaissance de Françoise et Bob Escoffier, un couple d’armateurs et de navigateurs renommés à St Malo. Ils ont restauré et exploité de nombreuses embarcations historiques - presque toutes celles qui sont amarrées dans les bassins de la ville fortifiées - et que l’on peut admirer quand on se promène sur les quais .

Leur audace ne s'arrête pas là. Pour célébrer ses 70 ans, Bob Escoffier s’est lancé le défi personnel de participer à la route du Rhum, (pour la 5e fois) tout en réussissant à rejoindre la Guadeloupe en moins de 23 jours sur Kriter V Socomore, un voilier historique sponsorisé par l’entreprise de Fred. Le défi de Bob Escoffier est un clin d’œil à l’histoire de la route du Rhum.

Les afficionados de course au large connaissent tous par cœur l’histoire de Kriter. Car ce voilier a participé à la première route du Rhum il y a 40 ans. Barré par Michel Malinovsky – un marin français - il s’était fait coiffer juste 98 secondes avant la ligne d’arrivée, après 23 jours de navigation, par le petit catamaran jaune de Mike Birch, un canadien qui avait ainsi remporté la victoire de cette épreuve.

Bob Escoffier sur Kriter © X. Bouquin


Entre deux verres de vin, sur le pont du Français, je parle de mon projet r’Ose transat et annonce que je suis à la recherche d’un voilier pour traverser l’océan atlantique. « Pourquoi ne ferais-tu pas cette traversée sur Kriter V Socomore » s’exclame alors Françoise Escoffier. Voilà que j’ai rencontré des personnes « plus folles » que moi! Sur l’instant, gagnée par les ardeurs contagieuses de mes acolytes, l’idée me paraît extrêmement séduisante. Ma skipper (une amie dont je tais encore volontairement le nom) me remettra vite les pieds sur terre (ou redressera la barre sur le bon cap) en me rappelant combien on ne navigue pas sur une bête de course comme sur un catamaran destiné à la croisière. Sans mentionner le budget pour ce projet qui prendrait l’ascenseur. Pas la peine de lui en vouloir, je sais qu’elle a raison.


Demain je me lèverai tôt pour assister au départ de la route du Rhum sur une embarcation affrétée par Socomore. J'espère que je pourrai fermer l'oeil malgré, pendant la nuit prochaine, la fête qui battra son plein sur les pontons. Dépendant des horaires qui rythment l'ouverture des écluses, des bateaux quitteront les bassins pendant toute la nuit pour sortir du port. Et à chaque départ, un coût de corne de brume retentira. Heureusement que j'ai pensé à prendre des boules quies.

Et je me réjouis d'ores et déjà de continuer à vous raconter "ma route du Rhum" dans mon prochain post.



Bon vent,


Elisabeth




© 2020 par Elisabeth Thorens-Gaud